Auto Portait > une femme pilote à l’honneur
Écrit par Cédric C   
Mercredi, 06 Juillet 2016 13:00

 

 

 

 

 

Nous avons rencontré la pilote Lucile Cypriano au volant d'une Leon Cup Racer. 



  

Que ce soit en F1, WRC, WTCC ou autres championnats constructeurs, il faut reconnaître qu’ils forcent le respect, tous ces pilotes automobiles chevauchant leur monture avec maîtrise et technique. Mais alors, que dire à propos des femmes qui pilotent les mêmes bolides aussi vite et aussi bien que leurs homologues du sexe opposé ? Je vous propose de faire la connaissance d’une femme pilote de course au talent insoupçonné et à l'avenir prometteur : Lucile Cypriano, 19 ans, elle partage son temps entre  étude/formation et  circuit. Lucile pilote actuellement une SEAT Leon Cup Racer 2016 dans le cadre de la SEAT Leon Eurocup, avec la team JSB Competition.

 

 

 

SeatPassion : Tu as débuté le karting dès l’âge de 9 ans, à 16 ans c’est le grand saut en championnat de France de Formule 4, puis l’année suivante au Championnat Vokswagen Scirocco R-Cup. Depuis l’année dernière, tu es engagée en SEAT Leon Eurocup au volant de ta Leon Cup Racer. D’où te vient cette passion pour le sport automobile ?

 

Lucile Cypriano : Mes parents ont ouvert une location de karting quand j'avais 6 ans, ce qui m'a permis de monter dans un kart très jeune. Ça m'a plu tout de suite et j'ai demandé à mon père de m'acheter un kart de compétition et petit à petit j'ai gravi les échelons.

 

SP : D’après ton expérience, penses-tu qu’il faille commencer très jeune pour réussir dans ce domaine ?

 

LC : Commencer très jeune n'est pas primordial mais c'est important parce que c'est quand on est jeune que l'apprentissage ce fait le mieux. Quand on envisage de faire du sport automobile, passer par le karting permet d'acquérir les bases et permet de progresser rapidement.

 

SP : Est-ce un gros investissement en temps et en argent ? 

 

LC : J'ai fait beaucoup de sacrifices. D'une part, à l'âge de 13 ans, j'ai quitté la maison familiale pour l'internat dans le cadre du programme sport-études. La pratique du sport automobile prend beaucoup de temps, parfois jusqu'à une semaine.  D'autre part, un gros sacrifice au niveau financier car c'est un sport onéreux. Il faut donc avoir des sponsors ou être aisé.

 

SP : Participer à la SEAT Leon Eurocup c’est 14 000€ pour la saison (7 courses), une Leon Cup Racer d’une valeur de 85 000€, des frais de déplacement, d’hébergement… Comment parviens-tu à réunir le budget pour participer à une saison complète ? 

 

LC : J'arrive à réunir le budget grâce à mes sponsors qui me soutiennent depuis un certain temps. Ils m'aident à payer la saison. C'est principalement du mécénat avec des petites entreprises locales du secteur de immobilier, par exemple.

 

SP : Est-il facile de trouver des partenaires lorsque l’on est une femme en sport automobile ?

 

LC : Le sport automobile est un sport d'homme. Du coup, quand une femme le pratique et obtient de bons résultats cela peut être un avantage pour trouver des sponsors et des partenaires parce que c'est original, donc ça peut aider. 

 

SP : Résumé des temps forts de ta 1re participation à la Leon Eurocup en 2015.

 

LC : Une première saison dans l'ensemble positive malgré quelques bas à mi-saison. L'année dernière je découvrais la voiture, la précédente était une VW Scirocco.  L'adaptation a été rapide car c'est une voiture qui est agréable à conduire bien qu'elle nécessite de l'apprentissage et des entraînements. La saison débute par une pole-position lors de la 2e course et une 3e place. À la mi-saison, on a rencontré des difficultés avec l'équipe. On ne trouvait pas forcément les réglages mais au fur et à mesure les choses sont rentrées dans l'ordre et je termine la saison par une 1re place à Barcelone, donc une fin de saison positive – NDLR : 9e au général et vainqueur Seat Ladies Trophy -.

 

SP : Un mot sur cette 1re partie de saison 2016.

 

LC : Cette année, il y a eu de gros changements sur la voiture et il a fallu, l'équipe et moi, qu'on se réadapte à la voiture. Première course à Estoril, j'ai une petite déception car je suis arrivée dans l'optique d'être devant tout le temps mais on a eu des difficultés à régler la voiture comme on l'aurait voulu. Après tout au long du week-end on a vu une progression qui débouche sur un podium à la fin (2e place). Deuxième course à Silverstone, on a exactement le même schéma avec des qualifications qui se passent vraiment très mal  (11e sur la grille), donc pas possible de bénéficier de la grille inversée pour la 2e course. Je fais une remontée à la 5e position et une remontée à la 4e position aux courses 1 et 2 respectivement, soit de bonnes performances et des temps au tour corrects. Troisième course au Castellet et gros problème sur la voiture. On était en panne tout le week-end. Je n'arrivais pas à définir le problème. Il n'y avait pas de panne franche mais je ne savais pas ce qui n'allait pas. Le dimanche, je suis partie en 1re position et j'ai réussi à garder le cap durant 6 tours mais à la fin de la course cela s'est effondré pour finir à la 3e place. Pour résumer, un début de saison mitigé avec de bons résultats mais aussi des difficultés. On y travaille !

 

SP : Quel est l’impact de la FIA “Women in Motorsport Commission” (WIMC) sur ton début place de carrière ? 

 

LC : La FIA - WIMC me suivait en Karting déjà (2011 : sélection pour la Karting Academy Trophy). Elle m'aide à trouver des opportunités de test et de roulage. C'est comme cela que j'ai gagné une saison en Scirocco R-Cup gratuitement (2013 > sélection en tant que pilote financé dans la catégorie junior de la Volkswagen Scirocco R-Cup série 2014). La FIA - WIMC m'apporte une aide non négligeable pour ma carrière.

 

SP : Dans cet impitoyable monde d’homme, comment as-tu su t’imposer ? 

 

LC : Il a fallu faire face à des remarques de machos qui ne voulaient pas qu'une fille les dépasse, qu'une fille aille plus vite qu'eux, etc. Psychologiquement, cela n'a pas toujours été facile parce que j'ai passé mon enfance et mon adolescence qu'avec des garçons en compétition, ce qui aurait été différent, bien sur, si j'avais choisi de faire de la danse. J'ai du m'adapter et faire avec... C'est ma passion donc je ne vais pas arrêter ce que j'aime parce que des gens ne l'apprécient pas.

 

SP : Et la mécanique dans tout ça ? Mets-tu les mains dans le cambouis ? Quelle relation entretiens-tu avec ton mécanicien ?

 

LC : La mécanique n'est pas ma tasse de thé. Je connais les bases, comment marche une voiture mais ce n'est pas mon élément. Je ne ferai pas de la mécanique sur ma voiture. C'est important pour un pilote de savoir comment marche sa voiture donc je m'y intéresse. Et quand, il faut mettre les mains de le cambouis, je suis prête à y aller. J'entretiens une bonne relation avec mon mécanicien. Il répare la voiture quand je la casse, c'est lui qui fait mes réglages. Je suis obligé d'avoir une relation de confiance avec lui. Il me connaît, connaît mon pilotage, sait comment je conduis, il sait quand ça ne va pas. On travaille ensemble et ça se passe bien au final.

 

SP : Comment ton entourage réagit-il face à ta passion ? 

 

LC : Mes parents : très bien. L'entourage en général réagit plutôt bien aussi. Je suscite plus de l'admiration qu'autre chose. Pour eux, ce n'est pas commun, ils sont impressionnés. J'ai toujours eu le soutien dont j'ai besoin. Je n'ai pas à me plaindre à ce niveau.

 

SP : une étude sur les différences de comportement au volant entre les hommes et les femmes révèle que les femmes sont plus conscientes des risques et font donc davantage attention que les hommes. J’imagine qu’en sport automobile, c’est tout autrement.

 

LC : Quand je suis dans la voiture, j'ai l'impression d'être plus consciente du danger et de mieux doser la prise de risque. Une fois que tous les pilotes ont le casque sur la tête, ils sont tous égaux face à la vitesse, à la voiture et au risque.

 

SP : En dehors de la Leon Eurocup, comment occupes-tu ton temps ?

 

LC : À coté du sport automobile, j'étudie en 3 année de licence de sciences et techniques des activités physiques et sportives (STAPS) et je prépare en parallèle mon brevet professionnel de la jeunesse, de l'éducation populaire et du sport (BPJEPS) sport automobile depuis février pour être diplômé en septembre.

 

SP : Quels conseils donnerais-tu aux filles qui n’osent pas se lancer dans la même aventure que toi ?

 

LC : Si il y a des passionnées de sport automobile parmi les femmes, il n'y a aucune raison de ne pas se lancer. Malgré les remarques des hommes, ne vous laissez pas atteindre parce que c'est votre passion. Tant que vous êtes passionnées, c'est le plus important. Réalisez votre passion sans limites !

 

SP : Peut-on te rencontrer sur un site web ou te suivre sur les réseaux sociaux ?

 

LC :  FaceBook : @pilotelucilecypriano ; Twitter : @LucileCypriano ; Instagram : @LucileCypriano ; site internet : www.lucilecypriano.com 

 

 

-Palmarès-

2005 1re victoire en mini kart - 7e Championnat France.

2006-2009 8e Championnat France, 3e Bridgestone Cup Junior.

2010-2011 7e Championnat France espoir.

2011 Sélectionnée par la women in motorsport commission (WIMC) pour la Karting Academy Trophy (CIK-FIA) : pole-position obtenue lors de la course d’ouverture (1re pôle d’une fille en championnat du monde) – 17e au classement général.

2012 Course en karting 125 à boite : 2 podiums.

2013 Participation au championnat de France F4.

2014 Sélectionnée par la WIMC pour le Championnat Sélectionnée Scirocco R cup – 12e au classement général.

2015 Seat Leon Eurocup 2015 : 9e au général, vainqueur du Ladies Trophy.

2016 Seat Leon Eurocup 2016 : actuellement 5e au général ; 2 podiums en 3 courses (une 2e place à Estoril, une 4e place à Silverstone et une 3e place au Paul Ricard).

 

 

 


 

  

 


 

  

 


 

  

 


 

 

Remerciements : Lucile Cypriano

Crédits photos : Mickaël Gérol   

 
 

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